Troisième épisode: COMMENT NOUS PROTÉGEONS NOTRE EAU: Chaque goutte d’eau compte !
- Amel Djait
- 9 févr.
- 5 min de lecture
DAR, la maison qui parle : le podcast de Dar Jbel qui raconte les savoir-faire, être et des moments de vie en Tunisie
Tunisie, Hammamet, Oued Lassoued, Dar Jbel, 03/02/ 2026. DAR, la maison qui parle est le podcast de Dar Jbel, un lieu d’accueil engagé dans le tourisme durable et la valorisation des territoires vivants en Tunisie. Porté et animé par Amel Djait, journaliste et fondatrice de Dar Jbel, le podcast prolonge l’âme de la maison en lui donnant une voix.
Troisième épisode : L’eau à Dar Jbel, le secret d’un gite rural durable en Tunisie

À Dar Jbel, nous croyons que la terre ne nous appartient pas, nous en sommes les gardiens. Dans ce 3ème épisode de DAR, la maison qui parle, nous plongeons au cœur de notre engagement le plus vital : la préservation de l'eau. Comment continuer à faire fleurir notre gîte rural sans épuiser nos ressources ? Comment transformer un stress hydrique national en une démarche de soin et de respect pour notre terroir du Cap Bon ?
Pour répondre à ces questions, nous recevons un invité d'exception, Yacine Belkhiria. Plus qu'un hydrogéologue de renommée internationale (expert auprès de l'Ordre Mondial des Experts à Genève), il est fondateur du cabinet de conseil- Hydroplus- et expert auprès des tribunaux en arbitrage sur les questions de l’eau. "Médecin de nos nappes phréatiques", il est aussi consultant stratégique pour de grandes instances. Yacine Belkhiria consacre sa carrière à décrypter le langage invisible des nappes phréatiques et nous aide à comprendre l'invisible pour mieux agir sur le visible. Là où d'autres voient des chiffres, Yassine voit des solutions. Il apporte à Dar Jbel la rigueur scientifique nécessaire pour transformer notre engagement écologique en actions concrètes et durables. Écouter Yassine, c’est enfin comprendre ce qui se joue sous nos pieds.
Cet épisode est une invitation à changer de regard. À Dar Jbel, l'eau n'est pas une ressource que l'on consomme, c'est une vie que l'on cultive.
· L'Engagement Dar Jbel : Découvrez comment nous prenons soin de chaque goutte d’eau qui tombe sur notre domaine. Du choix de nos cultures (jardins de cactus et plantes peu gourmandes) à nos rituels d’arrosage nocturne, nous partageons notre quotidien de gîte engagé.
· La Sagesse de l'Expert : Yacine Belkhiria déconstruit les idées reçues. Il nous explique pourquoi l'eau du littoral est en danger et comment la science peut sauver notre agriculture.
· De la Conscience à l'Action : Nous explorons des solutions d'avenir, comme le recyclage des eaux grises, pour que l'hospitalité de demain soit synonyme de régénération et non de consommation. Nous faisons évoluer Dar Jbel comme un laboratoire de solutions où chaque goutte est traitée comme un héritage, et non comme une marchandise.
· Un Héritage à Transmettre : Pourquoi "exporter de l'eau" à travers certains produits agricoles est un non-sens, et comment nous pouvons inverser la tendance pour protéger notre identité culinaire et rurale.
Dans le podcast, l’expert déclare : "On ne vend pas des tomates séchées, on exporte nos barrages." Il brise un tabou majeur : la Tunisie, en situation de stress hydrique extrême, continue d'épuiser ses nappes phréatiques pour des cultures gourmandes en eau destinées à l'export. C'est un suicide écologique que l'expert Yacine Belkhiria dénonce avec pragmatisme.
Le podcast permet aussi et surtout de déculpabiliser le tourisme avec une vérité comptable. L’agriculture consomme 80% de l’eau en Tunisie, contre seulement 1 à 2% pour le secteur touristique. Pourtant, un touriste consomme jusqu'à 10 fois plus d'eau qu'un citoyen local. La moyenne mondiale de consommation d'eau est de 500 m³ par habitant, mais en Tunisie, nous sommes bien en dessous, avec des ressources extrêmement limitées et un changement climatique qui se déploie de plus en plus devant nous.
Le cycle de l'eau ne change pas, mais sa répartition oui. Avec le changement climatique, les pluies se déplacent vers le littoral. Yassine Belkhiria réfléchit à une ingénierie efficace. Il propose une solution radicale construire des barrages côtiers pour recharger les nappes et stopper l'intrusion marine, plutôt que de compter uniquement sur les barrages du Nord-Ouest (actuellement à seulement 20-30% de leur capacité).
La Vérité sur les Chiffres
L'échange commence par une mise au point nécessaire : si le tourisme est souvent le bouc émissaire, il ne pèse que 1 % de la consommation nationale face aux 80 % de l'agriculture. Yassine Belkhira alerte sur le biseau salé au Cap Bon : la surexploitation des forages fait monter l'eau de mer dans nos terres. C’est une mort silencieuse du sol, souvent irréversible, que seul un arrêt des forages anarchiques peut freiner. La surexploitation a fait chuter le niveau des nappes (certaines passent de 40m à 100m de profondeur), augmentant drastiquement le coût d'extraction et le risque de salinisation irréversible.

Dar Jbel : Passer de la théorie à l'amour du geste
Ici, le podcast passe à la technique en expliquant comment Dar Jbel s'adapte : jardins de cactus, plantes endémiques et arrosages nocturnes. Ce n'est pas du marketing vert, c'est une stratégie de survie inspirante. Yacine Belkhiria valide ces choix en soulignant que le futur appartient aux structures capables de "sentir" leur terre. Face à la rareté, Dar Jbel choisit la résilience. Auprès de nos clients, nous travaillons à la sensibilisation avec des demandes de leurs implications pour la gestion du linge de lit et de bain. Nous avons installé des régulateurs de débit, des douchettes à haute pression, des toilettes à double chasse,… Par choix, nous n’avons aucune baignoire. Nous sommes en train de transformer plusieurs espaces de notre gite rural en surfaces drainantes afin de faciliter l’absorption de l’eau et avons mis en place un goutte à goutte pour le potager. Par ailleurs, nous avons enlevé le gazon dans les parties non essentielles et couvrons le sol au pied de nos oliviers et plantes avec des broyats et de la paille pour limiter l’évaporation de l’eau.
Le Paradoxe de l'Export
Yacine Belkhiria explique que chaque produit agricole exporté emporte avec lui une quantité massive d'eau souterraine tunisienne. Nous vendons notre ressource la plus rare au prix du vrac. Yassine critique sévèrement "l'exportation d'eau" : vendre des tomates séchées à l'étranger, c'est vendre une ressource qui nous coûte plus cher que la plus-value générée. "Quelle que soit la plus-value à l'export, nous sommes perdants car nous vendons notre eau." La solution ? Repenser nos infrastructures (barrages côtiers) et nos choix de cultures pour privilégier la souveraineté alimentaire et la valeur ajoutée réelle.
Les Solutions Techniques & Stratégiques
Yassine Belkhiria propose des outils concrets : le diagnostic hydrique. Pour un établissement comme Dar Jbel, une maison d’hôtes ou un hôtel, identifier les fuites et recycler les eaux grises (douches, lavabos) pour irriguer les jardins est un investissement rentable en moins de deux ans.
C’est ici que l’innovation rencontre la durabilité : transformer un déchet en ressource pour nourrir la terre. L'expert apporte une preuve économique imbattable. Il cite l'exemple d'une unité à Djerba dont la facture d'eau s'élevait à 100 000 DT/an. Avec un investissement de 150 000 DT dans un système de filtration, la facture est réduite de 50%. L'investissement est amorti en seulement 2 ans. C'est la preuve que l'écologie est le moteur de l'économie.
Adaptation et Vision
L'épisode se conclut sur une note d'espoir lucide. Le changement climatique est là (décalage des saisons, pluies côtières), mais l'adaptation est possible si nous changeons nos comportements. Le mot de la fin résume tous les défis et urgences ; un appel à la conscience : protéger l'eau, c'est protéger notre identité, notre vie, notre existence.



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